A l’approche des élections présidentielles, divers bilans sont dressés et de nombreux projets sont ébauchés.
D’aucuns vont exprimer leur satisfaction à l’encontre de Nicolas Sarkozy. D’autres leur déception. Nous n’allons pas évoquer ici la politique de l’actuel président, nous nous concentrerons plutôt sur les sentiments de satisfaction et déception en politique. Nous n’évoquerons pas non plus les militants dont le dogmatisme est chevillé au corps, préférant les homo politicus qui, comme les homo oeconomicus, font des choix rationnels, du moins nous fondons-nous sur la théorie.
L’engagement sur le passé
Tout candidat promet. Nous pourrions même dire que c’est là l’essence du candidat. Mais étant donné que l’avenir est totalement inconnu et que le présent est difficile à définir, toute promesse ne se fait qu’en tenant compte du passé. En effet, le candidat ne va se fonder que sur des évènements passés pour promettre soit de rester dans la même ligne de conduite soit de changer.
Le plébiscite caché
D’où le fait que deux types de candidats se distinguent : ceux qui prônent envers le prédécesseur (que ce soit eux-mêmes ou un autre) une politique de continuité et ceux qui prônent une politique de rupture. Le cas de l’élection présidentielle de 2007 en France est particulier puisque les deux candidats tenaient un discours de rupture, mais c’est un cas qui n’arrive que si rarement que nous n’en tiendrons pas compte ici. Le candidat de la continuité propose donc la chose suivante aux électeurs : « vous avez été satisfait de la politique menée jusqu’à présent ? Votez pour moi et je la poursuivrai ! ». Son adversaire va tenir le discours opposé : « Vous trouvez que la politique de mon adversaire a été terrible ? Votez pour moi et je vous satisferai ! ».
Le bilan, seul arbitre
En fin de compte, ce qui importe est le bilan de la politique conduite jusqu’à l’échéance électorale. Et alors l’élection révèle son vrai visage, à savoir le plébiscite d’un bilan : soit on l’accepte et on reconduit ceux qui l’ont produit dans leurs fonctions, soit on donne sa chance à celui qui propose d’essayer quelque chose d’autre, tout en ne sachant pas ce qu’il fera une fois élu puisqu’il n’a pour l’instant fait que des promesses et aucun acte. En effet, tout ce qu’il promet n’est engagé qu’en fonction du passé (d’où la possibilité de ne pas tenir ses promesses) et il n’a pas eu de rôle de premier plan pendant la période précédente puisqu’il ne faisait pas partie de la majorité. Le rejet du bilan conduit donc à confier aveuglément le pouvoir à un candidat qui n’aura eu d’autre mérite que d’être dans sa posture d’opposant. Rejetant le bilan donné, ses électeurs ne disposent pour autant pas de l’information nécessaire pour savoir à quoi s’attendre en l’élisant.
Ainsi, ce choix découlant d’une logique rationnelle est en réalité irrationnel puisque l’information pure et parfaite n’existe que dans la théorie, ainsi que l’expriment aussi les économistes. Plus grave, ceux qui affirment être déçus par un bilan donnent l’impression d’être naïf. La politique ne souffre pas de sentiments, elle est froide et cynique : il ne s’agit pas d’être déçu ou d’être euphorique, il s’agit d’analyser un bilan et de trouver les raisons pour lesquelles le candidat n’a pas tenu ses promesses de campagne. Si les raisons sont satisfaisantes, on plébiscite son bilan. Sinon, on se lance à l’aveuglette dans l’inconnu. Passé la peur que cette plongée inspire, cette idée peut provenir d’une volonté de ne pas voir toujours le même parti et les mêmes individus au pouvoir, cela peut aussi être l’aboutissement d’une réflexion qui veut que l’élu soit tenu à une certaine forme de pression, à savoir dans le cas contraire que si au terme de son mandat il ne peut pas se représenter alors il n’a pas cette épée de Damoclès qu’est son bilan pendue au-dessus de sa tête. Encore faut-il que les électeurs ne se soient pas laissés séduire uniquement par des belles promesses.
