Un nouvel acteur s’est joint à la donne proche-orientale actuelle : le gaz. Des poches ont en effet été trouvées dans le bassin levantin (bassin oriental de la mer Méditerranée dont les fosses descendent jusqu’à 3 300 mètres de fond), au large d’Israël. Comme si la situation dans cette région du monde n’était pas déjà assez complexe, voilà que se rajoute un nouveau facteur - et non des moindres - à prendre en considération. On connaissait la problématique de l’eau entre Israël, le Liban et la Syrie mais qui aurait pu se douter que le gaz ferait son entrée dans ce joyeux concert ? Et pourtant, il est là, tapi à des milliers de mètres de fond, recelant quelques milliards de mètres cubes, cachant peut-être encore plus profondément une nappe de pétrole, promettant quoi qu’il en soit indépendance énergétique et manne financière à qui viendra le déloger.
La ruée vers le gaz
Quels sont les faits ? A partir de l’année 2004, le gouvernement israélien demande à l’entreprise américaine Noble Energy de réaliser des tests afin de déterminer s’il existe des poches de gaz au large des côtes israéliennes. Ceux-ci donnent des résultats plus que convaincants : des gisements aux noms de Léviathan, Tamar, Ruth et Dalit ont été découverts à environ 2 000 mètres de fond et le tout contiendrait jusqu’à 700 milliards de mètres cubes de gaz. Une première depuis dix ans ! Quelles réactions à cette annonce ? La joie, d’abord, car creuser un puit à cette profondeur coûte environ 100 millions de dollars donc il vaut mieux qu’il soit rentable. La hâte, ensuite, de voir surgir la précieuse matière première. La gravité, enfin, car au Proche-Orient, une mauvaise nouvelle en accompagne souvent une bonne. En l’occurrence, celle-ci est de taille : Israël et le Liban sont encore officiellement en état de guerre et ces deux Etats n’ont jamais signé de traité délimitant leur frontière maritime.
Or, la poche la plus importante, « Léviathan », est située dans les eaux israéliennes mais aux confins de la zone contestée. Il se pourrait donc que d’autres gisements se trouvent à proximité de « Léviathan » mais côté libanais. Le Liban craint alors que, grâce aux techniques de pompage à l’horizontale qui permettent d’aller siphonner du gaz situé jusqu’à 15 kilomètres de la plate-forme maritime, les entreprises israéliennes aillent pomper le gaz présent au large des côtes libanaises.
Le Liban dans la tourmente
Israël et le Liban vont-ils encore une fois régler leur différend par la force ou parviendront-ils à s’entendre ? Si la situation politique en Israël est stable (malgré les dissensions existantes au sein de la coalition menée par Benyamin Netanyahou), elle l’est bien moins du côté libanais puisque le Hezbollah a provoqué la chute du Gouvernement de Saad Hariri. Ce mouvement comptait en effet trois ministres au sein du Gouvernement et il leur a demandé de démissionner. A la suite de cet événement, de violentes manifestations ont éclaté dans le pays, notamment à Beyrouth, entre pro-Hariri et pro-Hezbollah. La Constitution libanaise veut que le président de la République soit chrétien et le premier ministre sunnite. Le Président Michel Sleimane a donc nommé pour former un nouveau gouvernement Najib Mikati, homme d’affaire milliardaire et propriétaire, entre autres, de la marque de prêt-à-porter Façonnable. Or, si cet homme est effectivement sunnite, sa nomination a néanmoins fait l’effet d’une bombe puisqu’il se revendique proche du Hezbollah, mouvement chiite et pro-syrien. Autrement dit, le Hezbollah est enfin parvenu au pouvoir « légalement » (en utilisant les mêmes procédés que le parti nazi en 1933 en Allemagne). Il détient donc aujourd’hui le pouvoir, et notamment celui de ne pas tenir compte des conclusions - vraisemblablement accablantes à son encontre - du procureur général du Tribunal spécial pour le Liban, tribunal créé pour juger les responsables de l’attentat ayant coûté la vie à l’ancien Premier ministre Rafic Hariri. Le Hezbollah se trouve donc à la fois dans une situation d’impunité et dans une situation de puissance à laquelle il n’avait jusqu’à présent jamais goûté. Ce n’est pas le moindre des euphémismes que de penser que le Liban se trouve dans un état politique grave. Sa souveraineté n’est plus menacée, elle est d’ores et déjà passée sous contrôle de l’axe syro-iranien. Outre le fait que le Liban puisse connaître une nouvelle guerre civile, le Hezbollah risque dorénavant de provoquer encore plus fréquemment et encore plus violemment son voisin israélien jusqu’à déclencher une nouvelle guerre frontalière (l’armée libanaise ayant été cannibalisée par les miliciens du Hezbollah). Vu les tensions existant entre deux démocraties lorsqu’il s’agit du contrôle des matières premières, le risque est non négligeable qu’un véritable conflit apparaisse si le Hezbollah (listé comme mouvement terroriste par les Etats-Unis) commence à s’intéresser aux gisements de gaz présents dans le bassin levantin.
Comme d’habitude, la situation politique du Proche-Orient n’amène donc que peu d’optimisme. Mais gardons à l’esprit les enseignements de Spinoza : « ni rire, ni pleurer mais comprendre ».