Les nombreuses affaires politiques qui éclatent ces dernières années, dont la liste semble interminable (Clearstream, Chirac, Guérini, Woerth/Bettencourt, Takiédinne, Frégates de Taïwan…), interpellent très fortement les citoyens. En ces temps difficiles, l’heure est à la cohésion nationale et à la restauration de la confiance entre la nation et ses représentants. Les enjeux à venir sont tels (crise de la dette, crise de l’euro, crise économique, crise sociale, crise écologique) qu’une restauration de la force publique s’impose, et qu’un dirigeant digne de ce nom conduise le France, au nom de l’intérêt général. Dans ce cadre, le discours de Jean-Pierre Bel, nouveau Président de la Haute Assemblée arrive à point nommé. Que les représentants des territoires se sentent saisis d’une mission d’intérêt général est de bon augure. Cette sorte de cohabitation entre les deux Chambres du Parlement est rare (depuis 1968 et la fin de la Présidence du Sénat du radical Gaston Monnerville) dans la Vème République et permettra, bien que les pouvoirs du Sénat soient limités, d’organiser ce dernier en véritable contre-pouvoir, avant, peut être, l’alternance tant attendue.
Ce climat politique délétère, suffisamment détaillé et commenté dans les médias, amène à se rappeler les pensées de Montesquieu in Lettres persanes. Celles-ci restent d’une incroyable actualité, notamment la 146ème d’entres elles. Montesquieu y décrit l’influence de l’attitude des politiques sur le reste des habitants d’un pays. Non pas que les citoyens suivent à la lettre les décisions des politiques, mais qu’un comportement pernicieux de la part de ces derniers entraîne encore plus d’actions laxistes et néfastes par leurs administrés. En effet, comment des représentants peuvent-ils demander à la nation des sacrifices et une attitude qu’ils négligent eux-mêmes ?
A propos d’un peuple des Indes perverti par ses ministres, le correspondant persan de l’ouvrage, Irmak, affirme avoir vu ce peuple autrefois vertueux “appeler des lois odieuses en garantie des actions les plus lâches, nommant nécessité l’injustice et la perfidie”.
Montesquieu nous éclaire également sur la théorie économique libérale, dominante à ce jour, ainsi que sur le rôle que joue le dirigeant politique dans la mise en place pratique d’une théorie économique, en l’occurrence la déréglementation financière. Toujours dans cette même lettre, Irmak poursuit : “j’ai vu naître soudain dans tous les coeurs une soif insatiable de richesses, non pas par un honnête travail, mais par la ruine de l’Etat et des concitoyens”. Ceci fait bien sûr échos à la société créée il y a une vingtaine d’années par des personnes persuadées que le marché s’autorégule et que la richesse, d’où qu’elle provienne, est une fin en soi. Montesquieu, par la voix de ce Persan, affirmait déjà qu’il s’agit d’une monumentale erreur.
Le lien entre l’action des politiques et les lois qu’ils ont mis en place, permettant à des acteurs financiers de ruiner la planète et d’agir de la façon la plus pernicieuse qui soit, ressort dans l’ouvrage de la manière suivante : “J’ai vu un honnête citoyen, dans ces temps malheureux, ne se coucher qu’en disant : j’ai ruiné une famille aujourd’hui ; j’en ruinerai une autre demain”.
Montesquieu avait vu juste, il y a près de trois siècles. Relisons ces Lettres persanes, afin que son ouvrage nous éclaire pour l’avenir et ne reste pas lettre morte.